LaPaz01Jeudi 9 novembre 2017, aéroport de St Exupéry, je m’envole vers la Bolivie pour rendre visite à une de mes filles et à son compagnon qui viennent d’avoir un petit garçon. Un voyage de 22h (escale à Madrid puis à Lima et plusieurs heures d’attente) qui me donne beaucoup d’appréhension. Le lendemain à 4h du matin (heure locale) l’avion atterrit sur l’aéroport de El Alto (4100m). Je suis heureuse que le compagnon de ma fille soit là ! S’ensuit la grosse descente vers la Ciudad (3700m) et le quartier de Sopocachi, où ils habitent. Des milliers de lumières scintillent dans la brume matinale : c’est très beau !! bien qu’il soit tôt, des voitures, des camions circulent déjà et le trafic se densifie au fur et à mesure de notre avancée. Tout au long de la route, des hommes, des femmes, chargés de leur aguayo marchent et vont à leur travail.

 

Après des retrouvailles très émouvantes avec ma fille, je peux tenir dans mes bras Lucian, (le 6eme de mes petits-enfants)… Moment inoubliable et très fort !!

Il m’a fallu une bonne semaine d’adaptation pour me sentir à l’aise à cette altitude. Sur les pentes abruptes on apprend vite à ralentir le pas, à boire des infusions de feuilles de coca pour éviter le mal de tête, les nausées et les coups de fatigue. Passé ce cap, mon séjour s’est bien passé. J’ai appris à tester les réactions de mon corps et à reconnaître un peu mieux certaines de ses limites, en m’adaptant plus ou moins facilement à des températures très changeantes au cours d’une même journée et à une luminosité intense. Aujourd’hui je ressens dans mon corps le chemin parcouru !!

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Peu à peu, je prenais contact avec la réalité de cette ville de La Paz ; une réalité étourdissante, contrastée, une terre sèche et poussiéreuse, un trafic automobile dense, bruyant et polluant (voitures, motos, mini bus, camions qui circulent dans des rues étroites et peu entretenues), le gigantisme des gratte-ciel qui tranche avec l’architecture des maisons coloniales du centre-ville, l’extension extraordinaire des constructions sur les collines alentours, les chiens errants qui cherchent leur nourriture et de nombreux messages politiques et graffitis peints sur les murs…Dans un premier temps j’ai eu l’impression d’être agressée par ce bruit, ces odeurs, la vue des tags ! la nature me manquait. Malgré celà, je me suis sentie bien dans la ville : j’ai aimé prendre le minibus, j’ai apprécié l’ambiance des rues où se côtoient des hommes d’affaire en costume cravate, des écoliers en uniforme, des jeunes gens et jeunes filles un peu délurés s’interpelant en consultant leurs cellulars, des vendeurs ambulants, des femmes en habit traditionnel (les cholitas) et d’autres vêtues à l’occidental. J’ai flâné le long des nombreux marchés et découvert des fruits délicieux :  maracuya, achachaïru, chirimoya. J’ai pris un grand intérêt à connaître l’histoire culturelle très riche de ce pays à travers les musées, les églises et mes rencontres avec des artisanes aux doigts en or, qui remettent en valeur la culture ancestrale et essaient de s’émanciper et de donner un avenir à leurs enfants.

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Pendant une semaine je suis allée visiter l’immense étendue du Salar d’Uyuni avec ses lagunes aux couleurs magnifiques peuplées de flamants roses, le lac Titicaca et les villes de Potosi et Sucre. Des visages, de nombreux sourires, des regards me reviennent :

A Potosi, c’est avec Nylsa (une guide parlant français) que je visite une mine où travaillent plusieurs centaines d’hommes, jeunes pour la plupart (certains ont à peine 16 ans). Je garde en mémoire le bruit des wagons de plusieurs tonnes qu’ils poussent ou tirent en courant, l’odeur âcre du minerai et la poussière qui nous empêche de respirer. Miguel nous explique que son travail consiste à extraire le minerai à l’aide d’une broche et d’un marteau en suivant le filon. Il est heureux de sa vie et de voir qu’on s’intéresse à son travail. Je suis très touchée par cette expérience qui me dit toute la vie rude et éprouvante de ces hommes aux visages empreints de dignité, de gravité et très souriants. Nous sommes le 22 décembre et le soir, la place centrale de Potosi s’illumine et la population se retrouve dans un joyeux marché de Noël et une grande fête.

Puis je visite Sucre (capitale constitutionnelle) avec Eddy, un étudiant qui vient de rentrer d’une année passée en France, à sciences po Rennes. Il est content de me partager son expérience mais aussi son inquiétude quant à l’avenir de son pays ; il parle des inégalités sociales encore trop nombreuses, du mécontentement de certaines couches de la population (les médecins qui manifestent depuis plus d’un mois par exemple) et de corruption. Pourtant il aime son pays et veut y rester pour y vivre contrairement à d’autres jeunes qui partent aux USA ou en Chine. Bien que davantage d’entre eux aient la possibilité de faire des études, trouver un travail reste difficile. 

Enfin une rencontre m’a beaucoup marquée : celle d’Oscar né dans une famille Aymara du quartier de El Alto ; il est marié et a 3 enfants (18-16 et 14 ans). Pendant la saison touristique, il travaille comme chauffeur guide pour une agence de tourisme responsable et le reste de l’année il est mécanicien, électricien où plombier selon le travail qui se présente. Il cultive un potager et des arbres fruitiers avec sa famille et certaines fins de semaine il chante avec sa femme dans des fêtes ou des mariages. Il est heureux de sa vie et dans sa vie et fier du parcours de ses enfants. Pour lui, on peut vivre bien dans son pays en travaillant beaucoup, en étant curieux et ouvert pour apprendre tout en respectant les ancêtres, la nature et des règles de vie. Et, dit-il avec un sourire confiant : « ma récompense plus tard, ce sera d’aller avec ma femme visiter Paris et la France » 

Aujourd’hui je ressens une grande joie d’avoir vécu cette expérience humaine, une gratitude de m’être enrichie à travers la rencontre de personnes authentiques et vraies et de m’être ouverte à la langue espagnole que je ne comprenais pas. J’ai découvert un peuple attaché à ses croyances (le dimanche l’église du quartier est pleine malgré la fidélité à des rites ancestraux). Tout cela est vécu de manière chaleureuse dans une belle sérénité. Ce peuple bolivien m’a émue par sa capacité étonnante à résister à l’injustice et à vouloir faire exister le vivre ensemble. 

Chantal Bevillard