PotosiPlaceJe retrouve ce centre minier historique de 200 000 habitants, au pied de la Montagne riche de minerais (argent, étain, zinc), égal á lui-même et en pleine mutation. Depuis 1545, des milliers de mineurs exploitent  cette montagne devenue une termitiére, aujourd´hui cette histoire continue, pleine de questions 

: quelles activités vont prendre le relais ? le tourisme monte en puissance, il est question de 1600 personnes qui arrivent chaque jour, dans la période haute / mai á septembre/ ; l´ industrialisation avec la transformation du minerais est toujours au programme sans des avancées significatives : la fonte du minerais sur place reste balbutiante, l´exploitation du lithium et son industrialisation peinent, le projet d´une usine de ciment a encore été refusé par le gouvernement, ainsi que l´agrandissement de l´aéroport. Ce fut le motif de 27 jours de gréve générale, il y a une année, sans succés. Inutile de dire que le gouvernement d´Evo Morales est sérieusement critiqué ; le récent référendum sur la possibilité d´un nouveau mandat présidentiel pour Evo a été une sanction sans équivoque qui a fait pencher la balance au niveau du pays : pour un mandat présidentiel supplémentaire, c´est NON !  le reproche principal, c´est la NON  ECOUTE, de la part d´un gouvernement devenu trop sur de lui-même et de sa politique. Il y a effectivement á mettre á son actif des changements qui vont transformer le pays : la majorité indigéne, après des siécles de soumission, vit une réelle reconnaissance ; est elle en meme temps utilisée par le pouvoir ? la question est posée. Il y a des avancées économiques : l´exploitation du gaz et du pétrole a été revue avec de meilleurs profits pour le pays. Il y a une redistribution , sous forme d´allocations, pour les familles, les étudiants et les retraités. La capacité financiére de l´Etat permet des projets industriels d´envergure . Les résultats prendront du temps, par contre, la corruption, la précarité, le durcissement du pouvoir, sont bien lá. Face au vide créé par ce fonctionnement, l´Eglise apparait comme la seule institution qui résiste. L´éveque de Potosi vient d´etre nommé président de la conférence épiscopale de Bolivie. Ce n´est pas étranger á sa prise de position solidaire avec son peuple ignoré par le gouvernement l´an dernier. Evo ne manque pas une occasion de souligner les liens de l´Eglise avec l´histoire coloniale. Il y a un conflit latent qui oblige l´Eglise á purifier sa relation au pouvoir et á approfondir son témoignage de l´évangile vécu avec les pauvres, comme une vraie libération.

Trois jeunes étaient ordonnés diacres ce jeudi 4 aout, avec 3 autres, ils devraient etre ordonnés pretres á la fin de cette année : c´est une bonne nouvelle dans cette Eglise, trop longtemps dépendante de l´extérieur. Je loge au Séminaire oú il y a une dizaine de jeunes sous la responsabilité de l´un de ceux que j´accompagnais dans leur formation, il y a une vingtaine d´années. Ces  retrouvailles avec ceux qui assument la responsabilité pastorale de cette Eglise prise en éteau entre une forte réligiosité populaire et la nouvelle culture globale et consumériste, sont très riches. Je vois que la posture du pape Francois, une Eglise qui dépasse le cléricalisme et sorte à la rencontre des gens, leur parle et en meme temps les questionne. Ce n´est pas facile de secouer habitudes et traditions, en meme temps la  réalité de la pauvreté et la richesse de la foi des pauvres bousculent tout le monde, en particulier les responsables de cette Eglise.

J´ai la chance de participer dans plusieurs groupes, en commencant par le groupe des Méres  Solidaires de San Pedro. Le théme est la violence dans les familles. Les changements en cours mettent á l´épreuve les familles, les relations, il y a grand besoin d´en parler. Le groupe des enseignants avait comme sujet : peurs et confiance. La situation retenue a été celle de l´homosexualité, telle qu´elle se présente au lycée, avec les jeunes. Comment affrontons nous ces différences, des couples homo signalés dans le lycée, les peurs qu´elles générent, les exigences d´orientation qu´elles demandent ? comment la foi chrétienne est une source de confiance pour approfondir notre devenir  humain dans cette société en pleine ébullition ?

Le Projet BIOSALUD, soutenu par l´association, fait un grand pas en avant : ses nouveaux locaux amples et pratiques sont terminés. Il y a encore du travail pour aménager  l´environnement  et construire l´habitation de la conciergerie. Avec toute l´équipe de 7 personnes, plus un responsable du quartier et des voisins, j´ai eu la joie de faire la bénédiction traditionnelle de ce nouveau centre de santé alternative.

Au programme de ces prochains jours, les rendez vous ne manquent pas : rencontre avec l´équipe de CONTEXTO qui assure la responsabilité d´un centre de réhabilitation pour personnes alcooliques ; ce vendredi, c´est la mission belge qui fete 50 ans de présence ici á Potosi, dimanche prochain, c´est la fete paroissiale de Saint Roch, la paroisse que je quittais il y a 15 ans. En début de semaine prochaine, je rejoindrai le centre minier de SIGLOXX, á 8 heures de bus de Potosi, c´est que je commencais á connaitre ce pays, en 1983.

Pourquoi ce pays, ce peuple font désormais partie de moi ? c´est ce que je ressens á nouveau profondément dans cette visite. J´ai de la peine á répondre á cette question. Dans la pauvreté, dans ce partage de vie et de foi avec ceux qui luttent pour le pain de chaque jour, il y a une qualité humaine, une force de l´évangile, une espérance pour  l´avenir de notre humanité qui me touchent profondément. Je le percois comme un ressourcement et une richesse pour affronter les défis de notre société en France, tout spécialement dans notre Genevois : dans la simplicité, cultiver l´essentiel, des relations fraternelles ouvertes aux démunis, aux différences. J´ai la joie de le vivre, de l´apprendre avec vous, et en meme temps, nous avons du chemin à faire, je crois.

Pierre Marmilloud