A Cochabamba, j’ai eu le bonheur d’être accueilli durant 10 jours dans la maison spacieuse, mais loin d’être achevée, de Guadalupe et d’Eduardo, nos partenaires. En plus du lit et de la table, j’ai pu apprécier leur ouverture, leur sens de l’accueil, de la débrouille, de l’esprit famille… et les talents de chacun.

Guadalupe et Eduardo ont été formés par la JOC et cela se sent dans leur façon d’écouter, d’agir, d’éduquer leurs 3 enfants, de lutter pour que les relations bloquées et traditionnelles dans les ménages évoluent et que des tabous soient dénoncés et dépassés. Dans la maison habitent aussi des membres de la famille, jeunes frères et nièces.

L’organisation est naturelle et les tâches partagées. Tout le monde est plein de talents : Eduardo, professeur, Directeur de plusieurs carrières, dont celle d’économie, à UNITEPC, université technique renommée de Cochabamba. Guadalupe, maitresse de maison, couturière, transmet son savoir à une jeune voisine, mais elle est aussi styliste en particulier pour sa fille aînée Alison. Celle-ci a une voix magnifique et se produit du haut de ses 15 ans dans des festivals avec de la musique pop. J’ai été soufflé par son audace, par sa grâce, sa simplicité et aussi sa liberté. Mayerli sa sœur, douée en dessin, s’exerce à la peinture et produit déjà des choses originales. Eduardito, espiègle, admiratif de ses sœurs, mais bien petit encore pour faire autre chose que jouer.

     Avec Guadalupe et Eduardo, nous avons longuement parlé du projet "Vivir". Une première chose, ils manifestent leur gratitude pour l’aide de 10.000 € allouée en 2015. Le projet fonctionne de la mi-janvier à fin octobre. Ma visite a eu lieu en novembre, je n’ai donc pas pu me rendre compte de la façon concrète dont il se déroule. Je vous fais part cependant de tout ce que j’ai pu noter et remarquer :

  • Guadalupe qui assume la responsabilité du projet a une vision de grande amplitude et sait de quoi elle parle. Elle ne cesse de se former elle-même et envisage d’étudier la psychologie. L’expérience des annéespassées permet de mesurer quelques fruits et surtout de beaucoup mieux cibler les lieux et les thèmes à aborder avec les professeurs, les élèves et les parents. Guadalupe tient particulièrement au lien avec les familles, lieu pour elle ou le projet doit davantage s’engager : Les changements commencent à la maison dit-elle. Dans le rapport à déchiffrer et à traduire, des paroles de jeunes, de parents sont relevées et montrent l’importance de cette orientation.
  • Eduardo a mis à contribution son université et ce sont les élèves de sociologie qui ont réalisé une enquête sérieuse auprès des familles dans la zone de Quillacollo oú la violence intrafamiliale est particulièrement dure et douloureuse. C’est donc dans cette zone que le projet 2015 se développera.
  • Je remarque avec grande satisfaction que le projet est conduit en lien avec d’autres organisations, avec les municipalités, les services de police, la justice, les familles… même si parfois les divergences de conception entre les associations ne permettent pas suffisamment un travail solidaire.
  • Je remarque encore que le projet est connu et fait parler: des professeurs m’ont dit être au courant et apprécier qu’un tel travail puisse se développer peu à peu. Une chose est certaine, les violences en tous genres ne cessent de croître et les professeurs sont débordés par les exigences de la nouvelle loi éducative et la formation obligatoire de 2 ans pour la mise en place de la réforme. Ils ont peu de place pour aborder les réalités de violences et sont trop souvent dépassés. Des critiques dures laissent penser que l’actuel gouvernement ne prend pas suffisamment au sérieux cette réalité de violence et ne fait pas grand-chose pour la combattre. 

     En conclusion : même s’il est difficile de mesurer l’impact du projet à cause de la complexité de la réalité qu’il affronte, je crois que notre participation est bien fondée et que l’argent est géré avec toute la responsabilité requise. L’expérience acquise permet de mieux cerner ce qu’il y a à faire et de plus en plus disparait la dispersion qu’on avait pu noter au départ. 

     Une chose encore : à El Alto j’ai rencontré l’équipe d’ECOJOVENES que nous avons aidée à démarrer il y a quelques années. ECOJOVENES est une radio indépendante tournée vers les enfants et adolescents. Ils ont de nombreux programmes tous centrés sur les droits de l’enfant. Leurs productions ont déjà récolté plusieurs prix de valeur et Julia VELASCO, la directrice, est de plus en plus sollicitée au niveau international. Or il se trouve que Julia, Eduardo et Guadalupe se connaissent, je le leur ai rappelé. J’espère qu’ils pourront se rencontrer et collaborer puisqu’ils se rejoignent dans leur combat et la radio peut donner davantage d’impact.