Voici la contribution du Père Ruben, prêtre de Potosi, en service en milieu rural, sur la frontière de la Bolivie avec le Chili sur l’actualité de son pays.

Je viens de la campagne, le bourg minier de Uncia : c’est là que j’ai connu auprès de mon père le travail du mineur, et aussi d’autres emplois comme la construction, la garde de voitures dans les rues et bien d’autres, c’est autant d’expériences que l’on n’oublie pas. Elles ont beaucoup contribué à la construction de ma personne et à ma vision de la réalité.

Depuis l’année 1996 où je terminais mes études secondaires jusqu’à aujourd’hui, ont passé 22 ans. Dans ce temps, la Bolivie a vécu beaucoup de changements au niveau politique, social, économique, culturel, éducatif et religieux, ce n’est plus le pays d’il y a 20 ans.

Evolution du milieu rural

Les communautés paysannes, je me réfère à l’Altiplano de Bolivie, je me risque à dire que 80% à 90% ont l’électricité, des chemins carrossables, pas toujours dans de bonnes conditions, des écoles, des gymnases et des terrains de sport, construits avec des budgets très élevés. Ces réalisations, c’est certain, ont donné une image différente des acteurs politiques, avec la consigne : « avant nous n’avions pas, aujourd’hui, nous  tenons ». Personnellement, je me risque à dire qu’il y a du vrai, mais pas entièrement. C’est bien plus le résultat d’un processus de croissance lente après la crise importante vécue par la Bolivie avec la relocalisation (le licenciement) de milliers de mineurs et la chute des prix des minerais sur le marché international. A partir de ce choix, je ne veux pas enlever le mérite de ceux qui sont intervenus dans le processus de changement. Pourtant on aurait pu construire des infrastructures de meilleure qualité avec le budget assigné à chacune, en même temps mieux discerner les priorités vraiment nécessaires et utiles, ce qui ne s’est pas fait. Un exemple, avant de faire un terrain de foot, on aurait du construire un poste de santé. En n’ayant pas investi le budget prévu, les ouvrages souffrent une détérioration inattendues et s’effritent. Leur durée n’est pas garantie.

Au fond, ce qui cause ce problème et a déjà affecté différentes instances de l’administration, c’est la corruption. Plus que dans les autres décennies, les dénonciations de corruption se sont multipliées, avec des sommes énormes  en jeu et la malversation de fonds destinés aux besoins de la communauté.

La Bolivie a connu des années de prospérité, après un processus de récupération suite à la relocalisation. Il faut ajouter les devises procurées par les hydrocarbures. Pourtant, chaque fois , nous nous voyons plus pauvres et le cercle de l’histoire se répète : « les uns se firent- et je pense que ce seront les mêmes- plus riches et millionnaires, tandis que les autres nous continuerons à lutter pour avoir le pain de chaque jour. »

Evolution du système judiciaire

Le thème de l’administration de la justice, c’est une autre affaire qui préoccupe aujourd’hui. Avant, on parlait de l’immunité parlementaire, c’est-à-dire, les députés et les sénateurs ne pouvaient pas être mis en jugement tant qu’ils étaient en fonction : sur ce point il y a eu des changements très petits ; par contre ce que nous voyons aujourd’hui c’est l’immunité partisane, c’est-à-dire que ceux qui sont membres du parti politique ne sont pas enquêtés, ni mis en examen, ni jugés, mais au contraire protégés, vu qu’en les mettant en  procès, les intérêts du parti au pouvoir seraient affectés. A cela il faut ajouter que dénoncer ces faits est devenu un délit et davantage encore si le dénonciateur n’est pas du parti du gouvernement. La justice est politisée, il n’y a pas indépendance des pouvoirs.

Il y aurait beaucoup d’autres choses que l’on pourrait écrire, pourtant, je crois que ces deux points que j’ai touchés peuvent éclairer la  réalité que nous vivons.

Père Ruben