calle1303album Entren los que quieran, enregistré en 2009-2010, sorti le 26 octobre 2010 clip sorti le 27 septembre 2011  

Clip : Calle 13 Latino America  

 

En direct pour la remise des Grammys latinos en 2011 avec l'orchestre Simon Bolivar du Vénézuela, dirigé par Gustavo Dudamel (Calle 13, la chanson et l'album ont reçu 9 récompenses) :

Latino America Calle 13 - Orquesta sinfonica Simon Bolivar

Calle 13 Latino America en vivo - Grammy latino 

Latinoamérica, du groupe portoricain Calle 13, n'est pas qu'une chanson. Des artistes de tout le continent ont été associés à sa création. Le public se l'est appropriée: les premiers vers des paroles ont tenu lieu de mot d'ordre pendant une manifestation en Uruguay en 2012. Avant même la sortie du clip, les Inrocks  qualifient le morceau d' « hymne ». Internet regorge d'analyses , oeuvres de sociologues , de politologues, de professeurs d'espagnol.

Certes, on peut entendre les « Dix raisons de ne pas écouter Calle 13 », développées par le mexicain Joaquín Peón Iñiguez dans la revue Replicante   : stéréotypes, paroles inventaire, image du chanteur rebelle éloignée de la réalité.
Mais la chanson a fait mouche.

Bien qu'il y ait toujours beaucoup de monde sur scène, Calle 13 est présenté comme un duo, formé de René Pérez et Eduardo Cabra.

mapuches01René Pérez, dit « Residente », est chanteur, auteur, compositeur. Charismatique, il joue beaucoup sur son image, utilisant même son corps comme support pour ses messages. Il met en avant son engagement politique, prenant fait et cause au fil des tournées pour les Mapuches au Chili, les 43 étudiants disparus au Mexique, etc. Les critiques qui visent Calle 13 concernent essentiellement cet engagement jugé superficiel, voire commercial. Quoi qu'il en soit, René se fait le porte parole efficace de causes souvent peu visibles, attirant dans chaque pays l'adhésion de ceux qui ont besoin d'être entendus.

 

eduardoEduardo Cabra, dit "Visitante", compositeur, arrangeur, producteur, instrumentiste, est plus discret, mais très bon musicien. Il pratique un nombre impressionnant d'instruments, cordes classiques ou traditionnelles, vents, percussions, claviers, et même le thérémine. Sa formation musicale est solide et ouverte sur des univers différents, ce dont a bénéficié Calle 13.

ileanaIleana Cabra, la voix féminine du groupe, n'a pas un rôle facile : elle semble un peu optionnelle, et, au gré des enregistrements et des tournées, elle laisse la place à des artistes invitées qui se retrouvent sur le devant de la scène.

Pour la petite histoire, tous les trois appartiennent à une famille recomposée.

Le groupe est en général classé dans la catégorie musique urbaine. Le terme « fusion » semble plus approprié. C'est particulièrement vrai pour le titre Latinoamérica. La voix soliste, parlée-chantée, est bien dans la lignée « urbaine », mais le rythme n'est pas du tout le binaire à 4 temps du rap : il oscille entre 6/8 en particulier dans les couplets (deux pulsations partagées en trois battements) et 3/4 (trois temps) dans les refrains. L'accompagnement utilise guitares, basse, claviers, mais aussi un panel impressionnant de percussions, des cuivres, des cordes frottées, et des instruments traditionnels. Les arrangements en concert changent en fonction des musiciens invités (orchestre symphonique, musiciens traditionnels,...)

Contrairement aux rappeurs, le groupe ne joue pas sur des bandes enregistrées mais toujours avec des musiciens en chair et en os.

Le clip, sorti presque un an après la chanson, joue un rôle important dans le succès de Latinoamérica. Il est l'oeuvre de Jorge Carmona et Milovan Radovic, de l'agence publicitaire péruvienne Patria Producciones, prolifique et très originale.

calle13locutorLe clip commence par l'arrivée de René et Eduardo dans le studio d'une radio d'un village de la cordillère péruvienne. Le présentateur intervient en espagnol puis en quechua (traduction des paroles ); on entendra donc pendant la chanson espagnol, portugais, et quechua, rappel linguistique de la diversité du continent. Les images suivent le principe des paroles, énumération de tout ce qui fait l'Amérique latine : la diversité des paysages et des gens, l'histoire, la situation économique, la combativité, la solidarité 1. Susana Baca et Totó la Momposina, qui ont prêté leur voix, sont également présentes à l'image, ce qui n'est pas le cas de Maria Rita, chanteuse brésilienne qui interprète un des refrains.

Dans la première partie, on assiste en accéléré à la peinture d'une fresque murale2.

imagesclip

 L'objectif n'est pas ici d'expliquer toutes les références du texte et des images. Les sites sur ce thème ne manquent pas.

Les recherches du nom du ou des peintres sont restées vaines à ce jour.

     latinoamricaparoles 

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Calle13-partenaireslatinoUne des particularités du groupe est qu'il a su s'assurer la collaboration de musiciens de renom. Outre la qualité musicale de leurs prestations, ceux-ci ont apporté la caution de leur notoriété, et attiré leur public. La plupart sont suffisamment reconnus pour ne pas avoir besoin de se montrer en compagnie de Calle 13; on ne peut que penser que, s'ils ont accepté de prêter leur image et leurs notes, c'est qu'il se passe vraiment quelque chose avec ce groupe.

 

totosusanaLa présence de Toto la Momposina, qui, du haut de ses plus de 50 ans de carrière internationale3, n'a plus rien à prouver à personne, est particulièrement signifiante. Ainsi que celle de Susana Baca, Ministre de la Culture du Pérou au moment de l'enregistrement du clip. La présence de ces grandes dames de la musique colombienne et péruvienne, toutes les deux interprètes et ethnomusicologues, n'est pas anodine.

simonbolivarTrès émouvante également la prestation des jeunes musiciens vénézueliens de l'orchestre symphonique Simon Bolivar, sous la baguette de Gustavo Dudamel, lors de la cérémonie des Grammys Latinos. Ils ne se contentent pas de jouer, ils assurent les choeurs, et marquent la pulsation avec les mains. « Vamos dibujando el camino » n'est pas seulement le message de Calle 13, mais aussi le leur, et ils le font savoir !

Dans l'album suivant, Multi viral, Calle 13 a enregistré avec Silvio Rodriguez et Eduardo Galeano. Au Chili, il a partagé la scène avec Inti Illimani Histórico et Camila Moreno. On a l'impression que toute la communauté culturelle latino-américaine s'associe au message de respect de la diversité, de l'invitation à aller de l'avant, de valorisation de l'estime de soi, de rejet de l'inféodation, et d'une fierté continentale.

Les musiciens de Calle 13 viennent d'annoncer qu'ils souhaitent se consacrer maintenant à des projets individuels; Patria producciones (qui a réalisé le clip) a cessé ses activités ce 16 août 2015. Tous affirment qu'il ne s'agit pas d'une fin, mais d'une nouvelle étape. Affaire à suivre !

Le mot de la fin revient à Evo Morales, avec son discours de bienvenue à La Paz le 26/11/2011 :
Calle13LaPaz« C'est une surprise pour les frères boliviens de recevoir la visite du grand groupe qu'est Calle 13. Ses interprétations représentent les peuples non seulement de Bolivie, mais de toute l'Amérique latine. Avec leurs chansons ils défendent ceux qui sont discriminés, ils défendent avec leurs interprétations l'Amérique latine, et ils défendent aussi contre la domination extérieure. Que vous nous rendiez visite est une grand joie, une grande surprise. Pour cela, merci beaucoup soeurs et frères. Nous nous sentons partie prenante de votre lutte, de vos chansons. »

 

3 Elle était à Lyon en juillet 2015 pour les Nuits de Fouvière.

 Anne Cachau – septembre 2015